LA VOIX DES SANS PAPIERS

La Voix Des Sans Papiers is a militant collective that originated in 2014. At that time, a former retirement home in the Leopold II avenue in Brussels was occupied by two hundred and sixty undocumented migrants. Since then, the group has organized various actions to make the outside world aware of their existence. Through occupations, they aim to bring undocumented people out of the shadows and isolation, make themselves visible to the general public, and bring their demands to the political level. The residents of this former retirement home come from twelve different countries, including Senegal, Guinea, Mauritania, Burkina Faso, and Morocco. In 2023, the collective is still occupying several buildings in Brussels. 

 

LES FILMS DE LA MAISON

Les films de La Maison naissent des regards et des gestes de Mieriën Coppens et Elie Maissin, deux cinéastes qui ont commencé à filmer au détour des couloirs de La Voix des Sans Papiers, un collectif militant. Leur travail documente une lutte en cours, avec cette attention sensible à ne jamais figer le mouvement. Ils cherchent cet équilibre délicat entre le témoignage brut et la suggestion d’autres possibles, au cœur même de ce qui est déjà là. Ensemble, ils forment une armée d’ombres bien vivantes qui refuse de se dissoudre dans les couloirs sinueux des politiques et des promesses vides. Ce faisant, ils composent une collection de films qui, loin de documenter simplement un combat, dessinent les contours d’une « maison » – cette métaphore vivante d’un lieu à construire ensemble. Si un jour tous ces films venaient à être assemblés, peut-être pourrions-nous voir enfin cette maison de l’intérieur.

ELIE MAISSIN & MIERIËN COPPENS

Notre chambre de montage

La vie à l’écran, on ne la voit pas immédiatement. Quand tu sors de cette pièce, tu remarques que tout ce qui est projeté par la lumière a vécu. Nous avons besoin de temps, rien d’autre que du temps. Ou peut-être que si, nous avons aussi besoin d’une chambre avec une fenêtre. Une fenêtre ouverte et des rideaux — la couleur des rideaux n’a aucune importance, ou peut-être que si, noirs, blanc cassé ou bleu nuit. Il nous faut aussi des chaises, et une table. Ou peut-être qu’on reste debout. Il ne nous faut qu’une chaise; nous sommes deux, l’un reste debout, l’autre assis. De préférence deux chaises, ou même trois, pour qu’on puisse inviter quelqu’un. Mais restons debout. Avant tout, il faut qu’on regarde la matière filmée, tenue par ses propres sons. Oublie la chambre, oublie les rideaux et la fenêtre, la table ou les chaises.

L’intérieur du film, l’extérieur du film. L’intérieur de la pièce est dans le film. L’extérieur du film est la pièce elle-même où nous travaillons. Quand on monte un film, on se trouve dans cette pièce d’où l’on peut sortir et rentrer, encore et encore. Ouvrir une porte ou une fenêtre pour entrer et sortir du film. Quand on entre dans la pièce, nous pénétrons dans la matière même du film. Nous ne demandons rien d’autre que du temps, une chambre avec une fenêtre ouverte, et quelques chaises. Quand on sort du film, de la pièce, de la chambre, on sort par la porte d’entrée. On passe de l’extérieur du film, à l’intérieur du film, de l’intérieur de la pièce, par cette chambre et son couloir, et on rentre dans le monde. En marchant dans la rue, passant devant notre fenêtre ouverte, on entend une voix qui parle depuis l’intérieur du film. _ »Je préfère mourir ici. »

La vie à l’écran, on ne la voit pas immédiatement. Quand tu sors de cette pièce, tu remarques que tout ce qui est projeté par la lumière a déjà vécu. Et nous étions trop tard pour le voir, à temps pour regarder, mais trop tard pour voir ce qui n’est plus. Pour ce qui n’est plus, nous sommes peut-être juste à temps. Alors, nous sommes coincés dans cette pièce qui nous offre ce temps perdu, là où le temps peut finalement être pensé. Pendant plusieurs années, nous sommes en face de l’autre qui vit mais qui meurt trop souvent, hors champ, hors cadre. Disons que nous sommes des observateurs qui ne savent plus comment voir dans l’instant, qui peuvent uniquement regarder autant que possible, pour finalement apercevoir, pour un court instant, des hommes et des femmes en révolte.

Pour filmer, nous sommes trop tard; pour regarder, nous sommes trop tard. Pour oublier, nous sommes trop tard. Pour voir ce qui n’est plus, nous sommes toujours à temps. À temps pour lui dire bonjour, et quand même trop tard pour lui dire adieu. À ceux qui s’écartent involontairement. À Jaja, Serge, Dja, Bailo, Sannou, So, Medoune, et tant d’autres qui se trouvent hors champ, hors cadre, mais au cœur de notre pièce. On vous dit bonjour. Tout simplement.