Cinéma du réel

Des hommes sortent des sacs de gravats d’une maison abandonnée. Trient les briques, récupèrent les armatures métalliques, décollent les papiers peints. S’interrompent pour déjeuner, fumer une cigarette, faire une lessive. Brûlent des bandes de papier roulées comme des messages secrets, sortent par les fenêtres, entrent par la porte, se recueillent longuement. Entre deux averses, l’un d’eux raconte comment, un matin, la police est venue l’arrêter. Cinq mois de prison, et le voici de retour dans ce squat bruxellois, où chacun a connu ou connaîtra le même sort, où tous s’organisent collectivement face aux menaces d’expulsion. Cet homme dit sa propre histoire, et dit l’histoire des siens, celle des masses exténuées. Toujours aux aguets d’un bruit suspect, prêtes à déguerpir et à trouver un nouveau refuge. La pluie qui tombe abrite-t-elle leur récit ou annonce-t-elle leur expulsion ? Ces hommes font partie d’un collectif, La voix des sans-papiers, que les jeunes cinéastes Mieriën Coppens et Elie Maissin côtoient depuis plusieurs années et avec lesquels plusieurs films ont déjà été réalisés. Ensemble, ils partagent, selon le mot de Rouch, les films, les luttes. Leurs images ont une vie, une intimité, témoignent d’un travail mené en dépit de toute assurance de pérennité, de stabilité, de solidité. Chaque film est comme la nouvelle pièce d’une maison dont la superficie croît à mesure qu’on en inquiète les habitants. « C’est comme un immense chantier qui émerge dans le brouillard », selon Coppens : manière de dire qu’il se trouve, avec eux, face au plus grand des récits, celui qui semble ne pas avoir de fin. (Antoine Thirion – Cinéma Du Réel, 2022)

 

 

Zone Critique

Avec Caught in the Rain, Mieriën Coppens et Elie Maissin livrent un court-métrage singulier et très subtilement mis en scène : des plans géométriquement découpés restituent le rude travail d’ouvriers sur un chantier. Mais l’essentiel se joue en-dehors du cadre : ces ouvriers que l’on devine sans-papiers ou non déclarés ne cessent de scruter leur environnement comme si un danger tapi dans l’ombre les guettait. L’usage du hors-champ fait planer sur Caught in the Rain une atmosphère d’angoisse, redoublée par le bruit en arrière-plan d’un crachin insidieux. Face à cette sourde et indistincte menace, on se met à trembler avec ces hommes. En 21 minutes, et sans que rien ne soit montré, une tension dramaturgique est instillée avec brio – un grand geste de cinéma. (Tristan Duval-Cos – Zone Critique, 2022)

Courtisane

Three men are working on a construction site. The work has been interrupted by five months of imprisonment. The rain suddenly falls like the silence that precedes an eviction.These words serve as a description of the most recent film made by Elie Maissin and Mieriën Coppens in close collaboration with members of the Brussels collective La Voix des Sans Papiers. But the suggestion of a narrative strand glosses over the actual force of this haunting chamber piece which unfolds like a mystery play: the poetical power distilled from the sophisticated play of light and shadow forms the background against which the characters appear as singular actors of their own existence, sovereign in their ways of doing and their dreams of resistance. (Stoffel Debuysere –  Film Festival Gent / Courtisane film festival, 2021)